Un professeur de mes amis a eu la curiosité d’ouvrir le manuel d’histoire et géographie de son enfant, en classe de troisième. Il s’agit d’un manuel des éditions Hatier rédigé sous la direction de M. Martin Ivernel. Quelle ne fut pas sa stupéfaction en le feuilletant !
Parmi quelques erreurs relevées :
Page 110 : «Le 14 juillet 1940, il [Pétain] se fait accorder par le Parlement les pleins pouvoirs pour modifier la constitution. Il prend ensuite le titre de “Chef de l’État français”»…
C’est le 10 juillet, et non le 14, que l’Assemblée nationale vote les pleins pouvoirs à Pétain et c’est le 11 juillet qu’un «acte constitutionnel» fait de Pétain le Chef de l’État.
Page 144 : «document 3, Chronologie de la guerre d’Algérie».
- L’élève apprend que les accords d’Évian auraient été signés le 18 mars 1961 et que l’Algérie serait devenue indépendante le 1er juillet de la même année… 1961 au lieu de 1962 bien sûr !
- Le «premier envoi du contingent» est daté de 1956, ignorant l’envoi de rappelés dès 1955 (décret du 21 mai 1955).
- Le «putsch des généraux» n’est même pas mentionné.
Pages 308-309, le texte comme la photographie 1 de la page 309 suggèrent que le général de Gaulle est président de la République à partir de 1958. En fait, élu le 21 décembre 1958 à la présidence de la République, de Gaulle n’est effectivement investi que le 8 janvier 1959, Michel Debré devenant premier ministre le lendemain.
On relève aussi quelques informations incompréhensibles :
Page 110 : «En novembre 1942, les Allemands envahissent la zone sud». Pourquoi ? À la suite de quel événement ?
Page 140 : document 2, l’indépendance de l’Indochine serait le résultat d’une guerre de 9 (neuf) ans. Mais, page 306, 8 (huit) ans ont été suffisants.
Page 310, paragraphe “C”, «de nombreux harkis rejoignent alors la métropole». Il s’agit, semble-t-il, de la seule référence du manuel aux harkis, ce qui ne permet pas aux élèves de savoir qui étaient ces combattants. Surtout, cette phrase donne à penser que le repli sur la métropole a été pour eux la règle alors qu’en réalité, beaucoup d’entre eux ont été empêchés ou n’ont pas pu gagner la métropole et ont été les victimes d’une répression épouvantable de la part du FLN.
Cet ami, par ailleurs professeur des Universités, se demande s’il est acceptable que figurent, dans un manuel scolaire, de tels errements? d’autant qu’ils portent sur des pages particulièrement douloureuses de notre histoire nationale récente dont les enjeux mémoriels sont particulièrement vifs? Comment un élève serait-il jugé le jour du brevet s’il les reprenait à son compte ?