Herodote.net

Le bêtisier de l’Histoire

Traquer les erreurs pour ne pas les reproduire

Juifs et sionistes : omissions de L’Histoire

16 juin 2009

Le mensuel L’Histoire (juin 2009) publie en couverture un titre qui ne laisse pas indifférent : «Enquête sur le peuple juif» avec un éditorial et 14 pages sur le livre de Shlomo Zand : Comment le peuple juif fut inventé (Fayard, 2008, 23 €).

Alain Michel, historien israélien et rabbin, s’indigne du caractère partial et pseudo-historique du livre comme du compte-rendu de L’Histoire.

Juifs et sionistes : omissions de L’Histoire

À la recherche des Hébreux

Pas de Canadiens en Normandie, le Jour J ?

3 juin 2009

La Bataille de Normandie est un excellent documentaire d’Henri de Turenne sur le débarquement du 6 juin 1944, sa préparation et ses suites immédiates. Il offre un instructif ensemble d’images d’archives et de témoignages. Mais quoique réalisé en 1969, 25 ans après les faits, par la télévision française, dans la série Les Grandes Batailles, il n’échappe pas à quelques idées convenues.

Ainsi les combattants du Jour J sont-ils au début présentés comme des Américains, Anglais et Français. C’est faire fi des 15.000 Canadiens (sur un total de 130.000 hommes) qui ont débarquer sur la plage Juno et donner une importance pour le moins disproportionnée à la petite centaine de volontaires français du commando Kieffer… C’est oublier aussi les Norvégiens, présents ce jour-là, ainsi que les Polonais, les Néerlandais et aussi les Belges (pas moins de 2200) qui ont débarqué les jours suivants.

À lire sur Herodote.net : 6 juin 1944 : le débarquement de Normandie

Le pape ? Pas si infaillible que ça !

26 avril 2009

Dans La Croix (26 avril 2009), Geneviève Jurgensen rapporte «un échange curieux, un samedi soir de mars sur France 2 (dans l’émission “On n’est pas couché”), entre la secrétaire d’État à la famille Nadine Morano et le journaliste Éric Zemmour. Parce qu’avec la vigueur qu’on lui connaît, elle s’élevait contre les propos du pape concernant l’usage du préservatif, Éric Zemmour a souligné que, tout en se déclarant catholique, elle contestait donc l’infaillibilité du souverain pontife. Nadine Morano acquiesce. “Excusez-moi d’être un peu éclairée”, raille-t-elle même. Et le journaliste d’asséner alors, l’air grave : “Ce que vous venez de dire, historiquement, ça s’appelle le protestantisme”…»

Comme Geneviève Jurgensen le note avec justesse, les deux sommités parisiennes ignorent l’une et l’autre la nature très restreinte de l’«infaillibilité pontificale». Celle-ci est limitée aux déclarations du pape concernant le dogme, sous réserve qu’elles soient prononcées de façon solennelle, devant le peuple. Elle ne concerne en aucune façon les décisions ordinaires du souverain pontife, en matière de discipline, de morale ou de gestion des affaires courantes…

En savoir plus avec Herodote.net : 18 juillet 1870 : le pape devient infaillible

Manuel scolaire : bonnet d’âne

11 février 2009

Un professeur de mes amis a eu la curiosité d’ouvrir le manuel d’histoire et géographie de son enfant, en classe de troisième. Il s’agit d’un manuel des éditions Hatier rédigé sous la direction de M. Martin Ivernel. Quelle ne fut pas sa stupéfaction en le feuilletant !

Parmi quelques erreurs relevées :

Page 110 : «Le 14 juillet 1940, il [Pétain] se fait accorder par le Parlement les pleins pouvoirs pour modifier la constitution. Il prend ensuite le titre de “Chef de l’État français”»
C’est le 10 juillet, et non le 14, que l’Assemblée nationale vote les pleins pouvoirs à Pétain et c’est le 11 juillet qu’un «acte constitutionnel» fait de Pétain le Chef de l’État.

Page 144 : «document 3, Chronologie de la guerre d’Algérie».
- L’élève apprend que les accords d’Évian auraient été signés le 18 mars 1961 et que l’Algérie serait devenue indépendante le 1er juillet de la même année… 1961 au lieu de 1962 bien sûr !
- Le «premier envoi du contingent» est daté de 1956, ignorant l’envoi de rappelés dès 1955 (décret du 21 mai 1955).
- Le «putsch des généraux» n’est même pas mentionné.

Pages 308-309, le texte comme la photographie 1 de la page 309 suggèrent que le général de Gaulle est président de la République à partir de 1958. En fait, élu le 21 décembre 1958 à la présidence de la République, de Gaulle n’est effectivement investi que le 8 janvier 1959, Michel Debré devenant premier ministre le lendemain.

On relève aussi quelques informations incompréhensibles :

Page 110 : «En novembre 1942, les Allemands envahissent la zone sud». Pourquoi ? À la suite de quel événement ?

Page 140 : document 2, l’indépendance de l’Indochine serait le résultat d’une guerre de 9 (neuf) ans. Mais, page 306, 8 (huit) ans ont été suffisants.

Page 310, paragraphe “C”, «de nombreux harkis rejoignent alors la métropole». Il s’agit, semble-t-il, de la seule référence du manuel aux harkis, ce qui ne permet pas aux élèves de savoir qui étaient ces combattants. Surtout, cette phrase donne à penser que le repli sur la métropole a été pour eux la règle alors qu’en réalité, beaucoup d’entre eux ont été empêchés ou n’ont pas pu gagner la métropole et ont été les victimes d’une répression épouvantable de la part du FLN.

Cet ami, par ailleurs professeur des Universités, se demande s’il est acceptable que figurent, dans un manuel scolaire, de tels errements? d’autant qu’ils portent sur des pages particulièrement douloureuses de notre histoire nationale récente dont les enjeux mémoriels sont particulièrement vifs? Comment un élève serait-il jugé le jour du brevet s’il les reprenait à son compte ?

2009 comme 1914 ?

5 février 2009

Accoutumé aux formules à l’emporte-pièce, le président Nicolas Sarkozy n’a pas craint, lors de sa conférence télévisée du 5 février 2009, d’assimiler la crise en cours à «la plus grande crise depuis un siècle». Plus grave que la Grande Dépression de 1929 ? que la Grande Guerre de 1914-1918 ? que la Seconde Guerre mondiale ? Rien heureusement ne permet d’affirmer qu’il en sera ainsi et l’on peut penser que le Président de la République, peu au fait de l’Histoire et de la chronologie, a confondu siècle et demi-siècle.

Élève Sarkozy, révisez votre cours d’Histoire

8 janvier 2009

Lors de sa conférence de presse, le président de la République française a été interpellé avec courtoisie par Laurent Joffrin, directeur de Libération, qui lui a demandé : «N’êtes-vous pas en train de préparer un pouvoir personnel, une monarchie élective ?»

À quoi Nicolas Sarkozy a répondu : «Monarchie, ça veut dire héréditaire. Vous croyez donc que je suis le fils illégitime de Jacques Chirac qui m’a mis sur un trône ? Monsieur Joffrin, un homme comme vous ! Dire une aussi grosse bêtise ! Moi, issu de la monarchie ? Ok, alors si la monarchie c’est l’élection, ce n’est plus la monarchie monsieur Joffrin. Ah non, excusez-moi monsieur Joffrin. Les mots ont un sens. Ils doivent l’avoir pour vous s’ils l’ont pour moi. Soit, c’est une monarchie donc c’est l’hérédité, dans ce cas là j’aimerais bien qu’on m’explique de qui je suis l’héritier. [...] Soit, c’est l’élection, dans ce cas-là ce n’est pas la monarchie.»

Pareil étalage d’ignorance ne peut manquer de surprendre de la part du détenteur de la légitimité nationale. Tout Français qui a été un tant soit peu attentif à ses cours d’Histoire du collège sait en effet que la monarchie (d’un mot grec qui désigne le pouvoir d’un seul) peut être élective aussi bien qu’héréditaire. Disons même que l’élection était, il y a mille ans, la règle et que l’hérédité n’est devenue la norme en Europe qu’au XIXe siècle !

Hugues Capet a été ainsi élu par les barons du royaume de même que tous ses descendants jusqu’à Philippe Auguste. C’est à partir de celui-ci que, s’étant accoutumés à une hérédité de fait, les Français ont érigé celle-ci en règle. Mais l’Allemagne, la Pologne, la Bohême, la Hongrie,… ont conservé l’élection comme mode usuel d’accession au trône…

Le mois précédent, en décembre 2007 à Rome, lors de sa nomination comme «chanoine honoraire de Saint-Jean de Latran», Nicolas Sarkozy avait déjà affiché ses libertés avec l’Histoire en présentant Clovis comme «le premier roi chrétien en Occident». Chacun sait que le roi des Francs fut le premier roi barbare baptisé dans la foi catholique (à une ou deux exceptions près) et que tous les autres rois barbares établis dans l’ancien empire d’Occident étaient déjà chrétiens mais de confession arienne.

En savoir plus avec Herodote.net : Baptême de Clovis à Reims        La monarchie

Sarkozy, Napoléon III, même combat ?

17 novembre 2008

La presse française ne se fait pas prier pour dresser une statue à l’actuel président de la République française. Le Nouvel Observateur l’a comparé à Louis XIV. Voilà maintenant Le Monde (15 novembre 2008) qui en appelle à l’historien Pierre Milza pour assimiler Nicolas Sarkozy à Napoléon III. La comparaison est osée.

- D’un point de vue strictement humain, tout oppose Nicolas Sarkozy à l’exilé au nom prestigieux mais dépourvu de talent oratoire, qui milita dans des groupes révolutionnaires, était mû par de grands principes (socialisme, droit des peuples,…) et témoigna une sincère compassion pour les classes populaires.
- D’un point de vue politique, les deux hommes sont également très dissemblables : ainsi Napoléon III n’a-t-il pas craint de braver l’impopularité pour imposer le traité de libre-échange avec l’Angleterre, l’Union monétaire latine ou encore les futurs peintres impressionnistes (il s’est seulement soumis au diktat de l’opinion en 1870, quand celle-ci réclamait la guerre contre la Prusse !) ; Nicolas Sarkozy, quant à lui, cherche d’un discours à l’autre l’assentiment de son public, au risque parfois de se contredire.
- Enfin, les époques ne sont pas comparables : en 1848, la France se préparait à entrer dans la révolution industrielle. En 2007, c’est un pays parmi les plus industrialisés et les plus modernes du monde, qui ne souffre que de l’archaïsme de son administration, de sa classe politique et de sa fiscalité. Il est abusif de comparer l’action modernisatrice de Napoléon III et celle de Nicolas Sarkozy, cette dernière se résumant pour l’instant à la création de nouvelles taxes et niches fiscales ainsi qu’à des économies de fonctionnement dans les zones rurales, l’éducation et l’armée.

Transmis par Joseph Savès

14-18 : bruit, fureur… et oubli

11 novembre 2008

France 2 a diffusé le 11 novembre 2008 un très remarquable «docufilm» de Jean-François Delassus : Le bruit et la fureur. Il raconte la Grande Guerre avec des vidéos d’époque et des extraits de films liés par le commentaire off d’un «poilu» fictif. Le drame nous paraît d’autant plus proche que les vidéos ont été colorisées et parfois vocalisées. Notons toutefois quelques conformismes dans l’air du temps :

- le film fait la part trop belle aux «mutineries». Or, même si les dirigeants français, de Lionel Jospin à Nicolas Sarkozy, en font des tonnes dans la repentance à l’égard des fusillés, ce phénomène est resté marginal et sa marginalité même atteste de l’incroyable consensus national autour de l’effort de guerre.

- Verdun est évoqué sans que soit cité le nom de Pétain. Celui-ci est tout juste présenté comme le successeur habile de Nivelle. Comment comprendre dans ces conditions que l’écrasante majorité des Français ait applaudi à l’arrivée au pouvoir du Maréchal en juin 1940 ?

- L’Alsace-Lorraine est présentée comme un but de guerre de la France en 1914 et son annexion en 1918 comme une source d’allégresse chez ses habitants. En fait, en 1914, cela faisait près de deux générations qu’elle était «terre d’Empire» et la plupart des Français s’en étaient accommodés. Par ailleurs, son retour dans le giron national en 1918 s’est fait avec beaucoup de non-dits et de silences résignés.

Un président «Noir» à l’Élysée

7 novembre 2008

Depuis l’élection de Barack Obama, la presse française rivalise de sondages sur le thème : «Voteriez-vous pour un candidat noir à l’Élysée ?» et chacun de disserter sur les blocages hexagonaux.

Notons d’abord que les sondages seraient plus pertinents avec une question du genre : «Si le meilleur candidat à l’Élysée de votre point de vue était noir, voteriez-vous malgré tout pour lui ?». Notons aussi que les Français, bien avant les Américains, ont été à deux doigts d’avoir un métis à l’Élysée sans que d’ailleurs l’éventualité fit frémir quiconque ! C’était en 1968 et le Sénat était alors présidé par Gaston Monnerville.

Gaston  Monnerville (1897-1991)Ce petit-fils d’esclave né en Guyane le 2 janvier 1897, élève brillantissime à la faculté de droit de Toulouse, sous-secrétaire d’État aux colonies en 1937 et 1938, était devenu sénateur du Lot (Gauche démocratique) en1948. Élu à la présidence du Sénat le 4 octobre 1958, au tout début de la Ve République, il s’oppose avec vigueur au projet gaullien d’élire le président de la République au suffrage universel et lance à ce propos l’accusation très grave de «forfaiture» (non sans fondement juridique).

Pendant les événements de Mai 68, quand le président de Gaulle s’éclipse à Baden-Baden, il s’en faut de peu qu’il n’assure la présidence de la République par intérim comme le prévoit la Constitution. Il s’en prend ensuite au projet de De Gaulle d’un nouveau référendum qui viserait à réduire le rôle de la haute Assemblée et, pour marquer son opposition, démissionne de la présidence du Sénat le 5 octobre 1968 (il n’a encore «que» 71 ans). Il est remplacé par Alain Poher. Sept mois plus tard, le 28 avril 1969, c’est ce dernier qui devient président de la République par intérim, le président de Gaulle ayant démissionné après l’échec de son référendum. Alain Poher assumera une deuxième fois l’intérim après la mort du président Pompidou, le 2 avril 1974 (Gaston Monnerville avait démissionné de son siège de sénateur un mois plus tôt, le 5 mars 1974).

L’exemple de Gaston Monnerville, aujourd’hui inconcevable, illustre le recul de la «diversité» au sein de la classe politique française au cours du dernier demi-siècle en dépit d’une très importante immigration. Ce recul concerne aussi les femmes, moins nombreuses parmi les élus qu’au début de la IVe République. À cela une raison principale : le cumul des mandats, qui permet à quelques jeunes hommes bien nés de consolider d’une élection à l’autre leur assise politique et d’exclure tous les francs-tireurs de la compétition.

Washington attaquée ! En 2001? Non, en 1814

28 octobre 2008

«On peut débattre sans fin de la superpuissance des États-Unis. La crise que nous vivons, dit-on, signerait leur déclin. À moins que celui-ci n’ait commencé le 11 septembre 2001 lorsque le pays fut attaqué sur son sol pour la première fois de son Histoire…» lit-on dans l’éditorial du quotidien Les Échos. L’auteur reprend une antienne selon laquelle les États-Unis n’auraient jamais été envahis.

C’est oublier qu’ils l’ont été il y a bien longtemps, lors de leur «seconde guerre d’indépendance» contre l’Angleterre, en 1812-1814. Leur capitale fut même occupée par l’ennemi et celui-ci s’offrit le luxe de brûler la Maison Blanche et le Capitole…

À lire sur Herodote.net : Les États-Unis en guerre contre les Anglais

Transmis par Michel Psellos